Ancien banquier de la City et fin observateur des mœurs des Parisiennes, le fondateur de Chatelles manie les codes du luxe et de la modernité pour construire pas à pas une marque de slippers intemporelle.

J’ai mis du temps à savoir ce que je voulais faire. Maintenant c’est bon, avec Chatelles j'ai trouvé ma voie.” Ton posé, gestes finement contrôlés et paupières qui ne clignent presque pas, François du Chastel a l’attitude sereine de ceux qui se savent au bon endroit au bon moment. Au milieu des centaines de slippers qui s’entremêlent dans le showroom de la rue de Varennes (“Je suis sincèrement désolé, on n’a pas eu le temps de ranger”), il faut chercher dans l’attitude du doux dandy pour retrouver les stigmates d’un passé de financier. Le sérieux un peu frais, peut-être.

Car, dans une autre vie, les journées de François du Chastel étaient bien éloignées d’un rangement de showroom. Les heures s’égrenaient au rythme des tableaux excel, des cours de la bourse et des talons de Richelieu et Derbies claquant sur le bitume de la City. “ À la fin de mes études en 2006 j’ai été recruté par Merrill Lynch à Londres, c’était l’âge d’or des banques d’affaires.” Sans véritable vocation, le jeune sur-diplômé (Sciences-po Paris, HEC et Master de droit) tiendra le cap jusqu’en 2009, année post-crise qui lui vaudra d’être remercié avec des milliers d’autres employés. “Je suis rentré à Paris et j’ai continué à faire du conseil en finance avec une structure que j’avais créée.” À nouveau, un job purement alimentaire. “Ça se passait bien mais je n’y prenais aucun plaisir. Un beau jour, fin 2011, je me suis dit : François, il te reste trente ou quarante années de vie active, trouve un sujet qui t’intéresse. Et en fait, cette histoire de slippers m’avait toujours trotté dans la tête.”

François du Chastel

100% Paris

L’histoire des slippers Chatelles, c’est un Cendrillon à la plume Victor Hugo. Racontée mille fois, les détails se sont sans doute perdus dans les mémoires, mais donnent en quelques secondes un récit à faire pâlir le meilleur des storytellers. “Quand je travaillais à Londres en 2008, j’ai fait faire une paire de slippers sur-mesure à ma petite amie. À l’époque, elle était étudiante, courait partout dans Londres et voulait des chaussures plates mais féminines. J’avais repéré ce type de souliers parce que les slippers font partie de la culture anglaise. Sur Jermyn street, je lui ai fait faire une paire en velours rouge, gravée avec les vers de Victor Hugo. « Je ne puis demeurer… » dans le soulier gauche ; « loin de toi plus longtemps » dans le soulier droit. La jeune fille a adoré ; elle est partie avec en me laissant tomber.” Quatre ans plus tard, en août 2012, la marque Chatelles sera officiellement lancée. Depuis, chaque paire est signée des mêmes lettres amoureuses de Victor Hugo.

Chaque paire de Chatelles est signée de lettres amoureuses de Victor Hugo

Comme ses chaussures, François du Chastel est un vrai parisien. “Il n’y a que pendant mes trois ans et demi à Londres que je n’ai pas vécu ici. Le week-end quand il fait beau je tente de m’échapper au vert, mais je ne m’éloigne jamais trop de Paris car c’est là que je peux m’inspirer des Parisiennes.” Des jeunes femmes que le fondateur de Chatelles croque en deux phrases efficaces : toujours pressées, féminines effortless, qui hésitent le matin entre baskets-pour-galoper et talons-pour-parader. Pour elles, François du Chastel résout en un terme l’équation : slippers. “Les mocassins sont trop classiques, les ballerines pas toujours pratiques, notamment quand il pleut. Notre promesse avec les slippers c’est de permettre à toutes les femmes de briller à plat.

Cultivé, enfance dans le 16ème et maman travaillant chez Hermès, c’est sans coup férir que le jeune homme reprend à son compte les codes du luxe français. Des produits intemporels, un brin romantiques, fabriqués main par les meilleurs artisans (au Portugal pour les Chatelles), et, surtout, jamais tapageur. Bureaux installés en bordure de Saint-Germain et des Invalides, l’entrepreneur avance pas à pas dans ce monde ultra-codifié. “Construire une marque prend du temps. Chatelles doit devenir la référence du slipper, comme Repetto pour les ballerines.La marque décline ainsi son mono produit à l’infini : paires personnalisables avec des pampilles ou des initiales brodées, elles se réinventent en slip-ons (versions plus street), pointues, inspirations espadrilles ou encore mules pour cet été.

Luxe, mode 3.0

Si le dandy s’inscrit patiemment dans un luxe millénaire, il l’adapte avec finesse au monde moderne. Car Chatelles est avant tout une marque du web et des réseaux sociaux. Dès 2012, c’est un post Facebook qui annonçait le lancement de la marque. Sans couture, après avoir feuilleté devant vous un sublime livre de plusieurs kilos sur les slippers à travers les âges, François du Chastel dégaine son iphone poids plume et fait défiler les photos de son Instagram. Sur les clichés aux tons vintage : Pippa Middleton, Dakota Johnson, Rita Ora ou encore Nikki Hilton affichent des pieds ornés de Chatelles. Amies-stars ou célébrités contactées via une copine faisant du placement de produits, le jeune dirigeant contrôle l’image de sa marque au millimètre près. “Ce sont des filles qui ont des millions de followers et un pouvoir de prescription dingue. Ce n’est pas une photo qui fait décoller les ventes mais chacune est un petit élément de l’édifice. Ça permet d'asseoir l’image de la marque.”

François et ses Chatelles

Après quatre ans d’existence, la petite start-up mode se fait peu à peu une place sous les dorures au côté des plus grands. 7 000 paires de Chatelles ont été vendues l’an dernier, dont 80% à l’étranger, et plus de 200 modèles originaux sont nés de l’imagination de François. “Depuis le début, c’est une amie styliste qui dessine la forme des chaussures et moi je m’occupe du styling, c’est à dire des thèmes, couleurs et matières. Deux collections voient le jour chaque année, sans compter les capsules toutes les quatre à six semaines et des collaborations forcément prestigieuses. La Maison du Chocolat, Le Meurice, Tartine et Chocolat… 

Désormais passionné de mode, le fan de tennis saisit au bond les tendances les plus pointues. Surfant sur la vague des mini-me (cette mode qui invite mère et fille à s’habiller copier-coller), François du Chastel a lancé au printemps les versions enfants de ses cinq modèles phares. “Et on se dit qu’un jour, peut-être, on lancera des modèles hommes. Peut-être.” En attendant, l’unique paire masculine (vous l’aurez deviné, faites sur-mesure) pare la penderie du fondateur, sous des costumes de banquier prenant la poussière.


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